‘Seum’ capture le malaise français avant les élections présidentielles

En novembre dernier, le journal français Le Figaro a publié un glossaire d’argot pour les parents exaspérés essayant de comprendre leurs enfants. En tête de liste se trouvait-il seum, que le journal a qualifié de « colère ». En pratique, le mot englobe les caprices de l’angoisse adolescente, connotant également la colère, la déception et le dégoût. Quelqu’un qui est profondément frustré pourrait dire « Je suis faché» (ou « j’ai seum »), une variante du refrain commun des adolescents du monde entier : « C’est tellement injuste !

Dernièrement, cependant, le seum a capturé un malaise social en France qui va au-delà du mécontentement des adolescents. Le mot est entendu dans les tribunes de football, vu dans les gros titres et utilisé dans tout le spectre politique. Le Séum est le nom d’un magazine jeunesse d’extrême gauche fondé en 2020 qui s’en prend aux grandes entreprises et présente une bande dessinée de l’icône francophone Tintin qui déclenche une révolution communiste. Dans le même temps, le mot a surgi dans des textes incriminants envoyés par des membres d’un groupe d’extrême droite violente l’année dernière.

Il y a quelque chose d’intemporel dans le mot, qui s’inscrit parfaitement dans la tradition française. Depuis l’utilisation du «spleen» par le poète du XIXe siècle Charles Baudelaire pour symboliser la mélancolie dans des mots qui se sont glissés en anglais, tels que l’ennui et le malaise, les Français ont le don de transmettre le mécontentement. Mais le seum, qui s’est généralisé à mesure qu’il se glisse dans la couverture de l’élection présidentielle de ce mois-ci, reflète de manière unique l’humeur politique actuelle du pays : les sentiments d’insatisfaction et de résignation transcendent désormais les divisions sociales.

En novembre dernier, le journal français Le Figaro a publié un glossaire d’argot pour les parents exaspérés essayant de comprendre leurs enfants. En tête de liste se trouvait-il seum, que le journal a qualifié de « colère ». En pratique, le mot englobe les caprices de l’angoisse adolescente, connotant également la colère, la déception et le dégoût. Quelqu’un qui est profondément frustré pourrait dire « Je suis faché» (ou « j’ai seum »), une variante du refrain commun des adolescents du monde entier : « C’est tellement injuste !

Dernièrement, cependant, le seum a capturé un malaise social en France qui va au-delà du mécontentement des adolescents. Le mot est entendu dans les tribunes de football, vu dans les gros titres et utilisé dans tout le spectre politique. Le Séum est le nom d’un magazine jeunesse d’extrême gauche fondé en 2020 qui s’en prend aux grandes entreprises et présente une bande dessinée de l’icône francophone Tintin qui déclenche une révolution communiste. Dans le même temps, le mot a surgi dans des textes incriminants envoyés par des membres d’un groupe d’extrême droite violente l’année dernière.

Il y a quelque chose d’intemporel dans le mot, qui s’inscrit parfaitement dans la tradition française. Depuis l’utilisation du «spleen» par le poète du XIXe siècle Charles Baudelaire pour symboliser la mélancolie dans des mots qui se sont glissés en anglais, tels que l’ennui et le malaise, les Français ont le don de transmettre le mécontentement. Mais le seum, qui s’est généralisé à mesure qu’il se glisse dans la couverture de l’élection présidentielle de ce mois-ci, reflète de manière unique l’humeur politique actuelle du pays : les sentiments d’insatisfaction et de résignation transcendent désormais les divisions sociales.

Seum vient de Sem, arabe pour « poison ». Il a d’abord été utilisé comme jargon dans faubourgs, des cités urbaines qui hantent l’imaginaire populaire français. Associés aux immigrés, au rap et aux émeutes, les médias français ont longtemps stéréotypé les banlieues comme des zones interdites avec leurs propres codes et jargon. « Le mot a été introduit dans la langue par la culture maghrébine », explique Jean-Pierre Goudaillier, professeur de linguistique à l’Université de la Sorbonne qui étudie le patois des banlieues depuis plus de 30 ans. Il traduit seum avec plus de force : « haine ».

L’argot a longtemps signalé la rébellion en France. Dans les années 80 et 90, les jeunes ont parlé verlanune convention linguistique où les mots-clés dans les phrases sont dits à l’envers : par exemple, femmes (ou « femme ») devient fille. L’inversion des syllabes était symbolique, dit Goudaillier, un « rejet de la société à laquelle vous appartenez ». Désormais, les jeunes des banlieues puisent leur inspiration linguistique dans leurs identités.

De nombreux mots français laïques ont des origines arabes, mais ces dernières années, l’argot arabe est entré dans le courant dominant. L’utilisation populaire de mots tels que seum e Plaisir (« enjoy »), qui dérive du mot arabe désignant le haschisch, reflète les changements démographiques des dernières décennies. Les immigrés en France viennent de plus en plus d’Afrique du Nord plutôt que d’autres pays européens : en 2021, 12,7 % des immigrés en France sont nés en Algérie et 12 % au Maroc.

Ce jargon a voyagé au-delà des banlieues à travers des vidéoclips, des films et des médias sociaux. Goudaillier a fait valoir que l’adoption de la langue par la bourgeoisie est une forme de lutte contre le statu quo. « Les jeunes qui ne sont pas issus des banlieues reprennent les valeurs combatives des jeunes des banlieues », a-t-il dit. En 2017, le seum était tellement répandu chez les jeunes français qu’il a provoqué un article semi-satirique dans le journal algérien Quotidien Oranqui se moquaient des Français pour l’appropriation culturelle : « Non seulement ils ont conquis notre pays, mais ils sont aussi venus emprunter notre riche patrimoine culturel. »

Seum est véritablement entré dans le lexique français lors de la Coupe du monde 2018, lorsque les médias ont utilisé le mot pour décrire le prétendu manque de sportivité de la Belgique, le voisin que les Français dédaignent le plus. Les journaux incluaient le mot en gras au-dessus des photos de footballeurs belges abattus. Quand les Belges ont encore perdu face aux Français en 2021, Le groupe résumé leur amère déception en quatre mots : « Le seum, deux fois« (Ou » Deux fois, le seum « ).

Depuis lors, le seum a capturé une certaine humeur politique en France. Dans un récent sondage, 75% des personnes interrogées ont convenu que la France était en déclin. Alors même que l’économie du pays se redresse après la récession pandémique, les Français restent moroses. La pandémie a encore sapé le moral. Face à l’augmentation des cas de dépression, le président français Emmanuel Macron a annoncé l’automne dernier que le gouvernement financerait des séances de thérapie, améliorant ainsi l’accès pour les citoyens.

Dans tout cela, Macron n’a pas offert l’espoir qu’il avait promis en tant que jeune centriste libéral. Pour de nombreux citoyens, le président apparaît impérieux mais incapable de mettre en œuvre des réformes substantielles, comme pour les syndicats ou le système de retraite. Maintenant, Macron poursuit les électeurs de droite en se concentrant sur la loi et l’ordre, promettant de doubler le nombre de flics dans les rues.

Pendant ce temps, la gauche française est divisée comme jamais auparavant, son candidat dominant faisant la queue dans les sondages alors que les gens optent pour le populiste d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon. Les aspirants présidentiels conservateurs Marine Le Pen, Valérie Pécresse et Éric Zemmour offrent peu d’espoir à la population immigrée française, même si la rhétorique de Le Pen sur la hausse du coût de la vie semble trouver un écho auprès de l’électorat. Il grimpe désormais dans les sondages pour le premier tour de scrutin du 10 avril.

Dans ce climat politique, la colère n’est confinée à aucune frange de la population. Récemment, en prenant un verre à Paris, un ami m’a dit que le seum « comprend ce sentiment de déclassement social à la fois sur le plan personnel – beaucoup de Français pensent qu’ils sont moins bien lotis que leurs parents – mais aussi sur le plan national, le sentiment que La France est un petit pays qui n’est pas respecté et qui a peu de poids sur la scène internationale. « Il a émis l’hypothèse que tant l’extrême droite que les communautés immigrées partagent ce sentiment. En effet, le mot est presque fédérateur », a-t-il déclaré.

Ce ne sont plus seulement les gens des banlieues qui se sentent laissés pour compte, a déclaré Goudaillier, pointant le gilets jaunes (ou « gilets jaunes ») qui ont organisé pour la première fois des manifestations nationales contre le prix de l’essence en 2018. Leurs manifestations reflétaient un sentiment de mécontentement croissant au sein de la classe ouvrière française. « Ces jeunes et les plus âgés s’identifient à ceux qui vivent dans les banlieues », a-t-il déclaré.. Ils croient faire face à une existence aussi précaire que celle des banlieues, il n’est donc pas surprenant qu’ils aient adopté le même vocabulaire.

A son tour, le mot seum est mobilisé au sein de la sphère politique. Il écrit dans le journal de gauche Salut L’été dernier, le journaliste politique Loïc le Clerc a utilisé le terme à cinq reprises pour se moquer d’hommes politiques dont le manque d’attrait s’est traduit par un fort taux d’abstention aux élections régionales. Il a accusé La République En Marche ! par Macron! parti de l’avere seum ainsi que le parti du Rassemblement national, dont l’étoile montante Andréa Kotarac s’est évanouie avec seulement 11% des suffrages en région Auvergne-Rhône-Alpes. « Cela doit être irrévérencieux », a déclaré Le Clerc dans une interview. « On respecte les politiciens, mais en même temps il y a une limite ».

Pour ceux de la gauche française, le mot n’est peut-être pas assez profond pour saisir la gravité de l’énigme politique actuelle, Macron étant toujours en mesure de remporter les élections malgré ses prétendus échecs. « Pour l’électeur de gauche, la situation est plus grave que le seum », estime Le Clerc. « Le voir encore là, avec son grand sourire, c’est ça qui me donne le seum. »

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