Les médias sociaux ont un sérieux problème de désinformation. Mais ça peut être réparé

Les plateformes de médias sociaux ont effectivement supplanté les réseaux d’information traditionnels en Inde. La relation dialectique entre le contenu en ligne, les médias traditionnels et les réseaux politiques signifie que les messages propagés en ligne touchent effectivement même ceux qui ne sont pas encore en ligne.

Cette ubiquité aurait pu être un moment d’or pour l’Inde : démocratiser l’accès à l’information, promouvoir la communauté, accroître la participation citoyenne et réduire la distance entre les gens ordinaires et les décideurs. Cependant, les plateformes de médias sociaux ont adopté des choix de conception qui ont conduit à une prolifération et à une intégration de la désinformation, tout en leur permettant d’être armés de puissants intérêts acquis pour un avantage politique et commercial. La libre circulation de la désinformation, de la haine et de l’intimidation ciblée qui en a résulté a entraîné de réels dommages et la dégradation de la démocratie en Inde : la haine des minorités dominantes, les communautés polarisées et la confusion semée ont rendu difficile l’établissement d’une base commune de vérité.

La désinformation organisée (désinformation) a un agenda politique et/ou commercial. Cependant, alors même qu’il y a une reconnaissance croissante des motivations politiques et de l’impact de la désinformation, le discours en Inde est resté apolitique et épisodique, centré sur un contenu et des événements uniques et une indignation généralisée contre la grande technologie au lieu de la localiser dans une politique plus large. contexte ou problèmes de conception structurelle. L’évolution du discours mondial sur la désinformation s’est également enlisée dans les détails des normes de contenu, de l’application, de la vérification des faits, des suppressions, de la déplateforme, etc. – un cadre propice aux âpres querelles partisanes sur les contenus individuels tout en permettant aux plateformes de confondre faussement le discours sur la modération de la désinformation avec les garanties de la liberté d’expression. Cependant, ces problèmes s’ajoutent au problème très réel de la désinformation, et notre prochain rapport établit que le système actuel de modération de contenu est plus un exercice de relations publiques pour les plateformes qu’un objectif visant à arrêter la propagation de la désinformation.

Un cadre significatif de lutte contre la désinformation à grande échelle doit être construit à partir de la prise de conscience qu’il s’agit d’un problème politique : le problème concerne à la fois les mauvais acteurs et les contenus individuels. La distribution et la modération de contenu sont des interventions dans le processus politique. Il est donc nécessaire d’adopter une loi mondiale sur la transparence pour faire appliquer les divulgations pertinentes par les plateformes de médias sociaux. En outre, la modération du contenu et les fonctions connexes telles que l’établissement de normes, la vérification des faits et la dé-plateforme doivent être intégrées dans le processus politique bipartisan souverain si elles veulent avoir une légitimité démocratique. Si cela ne doit pas se dégrader en une sanction légale de la censure gouvernementale, tout organisme de réglementation doit être fondé sur ses propres principes démocratiques et sur ceux de la plate-forme.

Compte tenu de la polarisation politique dans notre pays (et dans la plupart des autres), la mise en place d’un tel régulateur et sa légitimité opérationnelle est difficile. Cependant, l’échec d’un écosystème politique polarisé à parvenir à un consensus n’est pas un laissez-passer pour les plateformes. Les plateformes sont responsables de la vitesse et de la diffusion de la distribution de la désinformation et des choix de conception, qui ont rendu la désinformation omniprésente et indiscernable de l’information contrôlée. Il appartient donc aux plateformes de sévir contre la diffusion de la désinformation et de leur arme. Nous soutenons que les plateformes sont conscientes des utilisateurs et du contenu qu’elles hébergent et assument la responsabilité de leurs choix de distribution. En outre, tout comme toute action contre le contenu est considérée comme une intervention dans le processus politique, l’augmentation artificielle de la distribution du contenu (amplification) a également une valeur politique et commerciale.

Nous recommandons trois approches de distribution pouvant être adoptées par les plateformes : lier la distribution à la portée organique (flux chronologique) ; assumer la responsabilité éditoriale du contenu amplifié ; ou n’amplifier que des sources crédibles (indépendamment de l’affiliation idéologique). L’approche actuelle de la désinformation qui repose sur la vérification des faits d’un petit sous-ensemble de contenu dans un vaste océan de contenu non édité est inadéquate pour la tâche et doit être complétée par un examen des créateurs de contenu eux-mêmes.

Enfin, en tant que pays avec la plus grande population de jeunes au monde, il est important de réfléchir activement à la manière dont nous voulons que nos jeunes s’engagent dans nos processus démocratiques et au rôle des plateformes de médias sociaux dans celui-ci. Il y a trois effets notables des médias sociaux sur notre politique, qui nécessitent une réflexion.

Premièrement, les médias sociaux ont conduit à une dislocation de la politique avec des personnes pesant sur les abstractions en ligne tout en étant désengagées de leur environnement. Deuxièmement, les médias sociaux ont conduit à une dégradation de notre discours politique où l’engagement sérieux a été supplanté par les « petites prises » et les mèmes. Troisièmement, cela a obscurci la providence des interventions consécutives dans notre

discours politique en raison de l’opacité de la technologie.

Une politique significative, en particulier dans les démocraties, est enracinée dans l’organisation, la discussion et la négociation locales. Cependant, la structure des médias sociaux a facilité une perception d’engagement sans organisation, d’action sans conséquence. Ce n’était pas et n’est pas inévitable : il existe des moyens plus réfléchis de structurer les plateformes, ce qui aiderait à connecter et à enraciner les gens dans leurs communautés au lieu de les isoler localement tout en les « connectant » virtuellement.

Au lieu de passer à des communautés plus enracinées, on assiste à une accélération vers une plus grande virtualité à travers le « métavers ». Les réseaux sociaux ne peuvent pas être détournés. Mais sa structure et son utilisation sont des choix que nous devons faire en tant que système politique après délibération plutôt que de l’accepter comme un fait accompli ou simplement d’être submergé par les développements en cours de route.

Cette chronique est parue pour la première fois dans l’édition imprimée du 11 avril 2022 sous le titre « Politique de désinformation ». Gupta est le fondateur de la Fondation Future of India

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