Dans un nouveau choc, la politique française se fragmente en trois blocs

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Paris (AFP) – Le paysage politique français est désormais fragmenté en trois blocs – le centre, l’extrême droite et la gauche radicale – après la mauvaise performance des partis traditionnels aux élections présidentielles.

Le pouvoir a alterné pendant des décennies jusque dans les années 2010 entre les deux principaux partis – socialiste et républicain – avant qu’Emmanuel Macron ne s’empare du pouvoir en 2017 avec une plateforme centriste.

Son émergence fulgurante – et le pillage de personnalités clés traditionnelles de gauche et de droite pour son propre mouvement centriste – ont poussé le centre de gravité politique de gauche et de droite à l’extrême.

Aujourd’hui, les partis traditionnels peinent à obtenir ne serait-ce que 5 % des voix, une situation qui leur crée des problèmes non seulement politiques mais aussi financiers dans le système français.

« Le premier tour de ces élections présidentielles confirme la division de l’électorat par trois et la création de trois blocs de poids pratiquement égaux », a déclaré le politologue Gaël Brustier.

C’est la « pierre angulaire du nouveau monde de la politique française », écrit-il dans une chronique de Slate.

Marine Le Pen, qui affrontera Macron le 24 avril au second tour des élections, et son parti Rassemblement national (RN) incarnent le bloc d’extrême droite.

Macron représente le centre, tandis que Jean-Luc Mélenchon et son parti La France insoumise (LFI) sont au centre de l’extrême gauche, prenant une solide troisième place dans les sondages de dimanche.

« Le paysage politique français s’est redéfini autour de trois forces politiques : un bloc qui réunit le centre-gauche et le centre-droit, incarné par Macron, la gauche radicale et l’extrême droite », Bernard Poignant, ancien maire socialiste désormais partisan Macron, a-t-il déclaré au journal Ouest France.

‘Saison 2’

La candidate du Parti socialiste Anne Hidalgo et l’espoir républicain Valérie Pécresse ont été écrasées dimanche, n’obtenant respectivement que 1,75% et 4,78% des voix.

Ils sont désormais dans une situation financière difficile puisqu’ils se sont retrouvés sous le seuil de 5% des dépenses de campagne largement remboursées par l’État.

Les problèmes financiers sont familiers aux socialistes. Le parti a été contraint de vendre son siège historique fin 2017 pour tenter de sauver ses finances.

Et Pécresse a lancé un appel aux dons humiliant pour tenter de sauver le parti qui fait face à un déficit financier de 7,0 millions d’euros (7,6 millions de dollars).

« L’effondrement et la recomposition de la vie politique française ont commencé en 2017 avec l’avènement du macronisme et l’effondrement du Parti socialiste », a déclaré le politologue Jérôme Fourquet à France Inter.

La candidate républicaine, Valérie Pécresse, a lancé un appel aux dons pour tenter de sauver le parti
La candidate républicaine, Valérie Pécresse, a lancé un appel aux dons pour tenter de sauver le parti Alain JOCARDAFP

« Et on a vu la deuxième saison hier (dimanche)…, la confirmation de l’annulation des socialistes, le deuxième pilier historique du paysage politique français, et les républicains aussi ont été dévastés », a déclaré Fourquet.

Le dernier président socialiste était François Hollande, un dirigeant profondément impopulaire qui ne s’est jamais présenté pour un second mandat.

« Quelle est la raison d’être des socialistes ? Quelle est la raison d’être des républicains dans un système politique où vous avez une gauche radicale, un bloc central allant du centre gauche vers la droite et un bloc d’extrême droite ?  » a demandé à l’AFP Brice Teinturier, patron de la société de sondage Ipsos.

« C’est extrêmement difficile à trouver », a-t-il déclaré.

« Bloc d’élite ? »

Cependant, l’unité au sein des blocs extrêmes est plus fragile en raison de leur composition sociale différente, ce qui les rend plus difficiles à structurer.

« Je rejette l’idée de trois blocs, gauche, centre et droite », a déclaré le sondeur et politologue Jérôme Sainte-Marie à PollingVox. Il y voit un affrontement entre un « bloc d’élite » qui comprend les riches derrière Macron, et un double « bloc populaire ».

Sainte-Marie a pointé « un alignement des cadres et des retraités » en soutien à Macron dans le bloc d’élite qui réunit des individus d’une classe sociale supérieure.

Le bloc populaire est « plus mixte », les travailleurs du privé soutenant Le Pen, tandis que les travailleurs du secteur public et les populations immigrées optent généralement pour Melenchon.

Melenchon a bénéficié du soutien d’autres formations de gauche, comme les écologistes.

En plus de sa base, il dispose de « nouveaux renforts » avec des augmentations assez significatives de… électeurs immigrés », a déclaré le politologue Fourquet, ajoutant que Mélenchon avait « capturé encore plus la gauche culturelle, les enseignants, les étudiants ».

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